Pour la sauvegarde des maisons urbaines rue de l'activité

 

Contre-projets d'architecture pour la commune de Woluwe-Saint-Lambert - Juin 2021

Date limite d'envoi des contre-projets - samedi 7 août 2021

Embellir au lieu de démolir

Destruction à bas bruit du patrimoine architectural : le cas d’un ensemble de logements sociaux à Woluwe-Saint-Lambert

 

Un ensemble de quatre immeubles Art Déco de 25 logements sociaux, situé dans le quartier du Tomberg, est voué à la destruction dans les mois qui viennent, mais pour quel profit ?

 

A proximité de la place du Tomberg et de la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert, dans un quartier résidentiel calme, se dressent quatre immeubles de logements sociaux construits en 1938 dans un style Art Déco tardif par l’architecte belge Paul Posno (qui est aussi l’auteur de l’école communale n.3 de Forest qui a eu son heure de gloire dans Dikkenek en 2006). L’ensemble est abandonné depuis une dizaine d’années et condamné à être détruit avant le prochain hiver et cela malgré son inscription à l’inventaire du patrimoine architectural bruxellois.

Le motif de cette destruction, selon le bailleur social L’Habitation Moderne, est celui du délabrement des locaux et les coûts nécessités par une remise aux normes. Cependant, ces immeubles de caractère qui datent des mêmes années que la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert ont subi une importante modernisation en 2004, suivie d’une petite rénovation en 2008 et semblent toujours en bon état structurel malgré quelques dégradations liées à leur abandon. Le projet qui viendra remplacer les bâtiments existants accueillera davantage de monde, avec 37 logements plutôt que 25, et offrira aux occupants un stationnement souterrain de 55 places.

Mais que signifie le funeste couple démolition-reconstruction plutôt que rénovation ? Au-delà de la simple question esthétique, de nombreux impacts. Sur le voisinage, tout d’abord. Ce quartier silencieux, isolé des grands axes, va devenir théâtre d’un lourd chantier pendant de longs mois, d’abord avec la démolition, puis l’excavation pour construire le parking, puis la construction, le tout au détriment des riverains. Sur l’environnement, ensuite, car l’énergie grise liée à la production de nouveaux bâtiments est non-négligeable et malheureusement pas prise en compte dans les calculs de PEB. Et qu’en est-il de la destruction du jardin arrière ? Et du pseudo-recyclage des déchets de démolition des anciens immeubles ?

Enfin, quel sera l’impact économique d’un tel projet? Car oui, une rénovation complète pour le chauffage, les châssis et vitrages, l’isolation, l’électricité, la plomberie, et les aménagements de salle de bain ou de cuisine revient assez rapidement à 1 000 € par m2, ce qui, dans ce cas précis, avoisinerait les deux millions d’euros. Mais dans le cas d’une construction neuve, le prix standard est déjà de 1 300 € par m2, et cela sans compter la démolition (de 100 à 300 € par m2), ni le parking souterrain (20 000 € HT par place). Sans modifier la surface construite totale, le projet de L’Habitation Moderne coûterait déjà deux fois plus cher que la rénovation du petit ensemble. Soit plus de quatre millions d’euros, le tout au frais du contribuable, car ce sont des logements sociaux !

A qui profite le crime ? Certainement pas aux habitants du quartier, ni même au bruxellois moyen. Répondre à cette question est bien difficile. Le bailleur social n’est joignable que pour les locataires ou les candidats, et les informations, éparpillées, sont bien difficiles à trouver et à rassembler. Dans la rue même où se trouvent ces immeubles, aucun signe de la destruction prochaine n’est visible, à l’exception des frêles barrières de métal interdisant l’accès. Un mois après la validation du permis, aucune information n’est affichée sur le site, et bien que la rumeur circule entre voisins, rien n’est officiel. Et pourtant, la région de Bruxelles-Capitale a octroyé le permis le 27 avril 2021, sans même avoir consulté la Commission Royale des Monuments et des Sites !

C’est pourquoi, l’asbl la Table Ronde de l’Architecture lance un appel à contre-projets pour montrer qu’il est possible de préserver le patrimoine en l’adaptant aux besoins actuels. Outre la perte cruelle d’une part de notre identité, le pourrissement et la démolition du patrimoine est un crime au regard des besoins urgents en logement à Bruxelles : en témoignent les milliers de sans-abris et les dizaines de milliers de foyers inscrits sur liste d’attente pour un logement social. Que cela soit rentable ou non, rénover le patrimoine et le mettre à disposition des segments les plus précaires de la population est une obligation morale !

Enfin, la Table Ronde de l’Architecture demande à ce que soit rendue publique la liste des sites patrimoniaux désaffectés, abandonnés, livrés au délabrement par des autorités publiques peu soucieuses de la conservation de nos villes, et si cette liste n’existe pas, qu’elle soit réalisée dans les délais les plus courts. Il en va de la confiance des citoyens dans le politique, de l’urgence sociale et de l’avenir de nos villes.

***

L’enjeu de ce contre-projet est d'embellir l'architecture initiale tout en augmentant la capacité en logements de l’ensemble, sans détruire les bâtiments existants. Par exemple, en créant des extensions entre les quatre maisons urbaines existantes actuellement isolés.

Montrez que ce quartier historique de Woluwe-Saint-Lambert peut s’adapter à l’augmentation de la demande en logements sociaux sans avoir à faire table rase du passé, et dans le respect du bâti existant et du voisinage !

Adresse: Rue de l'activité 18-26 et rue Dries 127, Woluwe-Saint-Lambert

Date limite d'envoi des dessins: 10 juillet 2021

Vote dans la story instagram: 11 juillet 2021