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L’esprit du compagnonnage

Conférence prononcée à Lisbonne le 17 novembre 2023

Par les fondateurs de La Table Ronde de l’Architecture,

Nadia Naty Everard & Noé Morin



Pour commencer, nous aimerions dire que notre monde moderne s’est tellement éloigné de la nature que nous devons à présent redécouvrir, par la recherche et l’étude, des solutions jadis bien connues. On redécouvre l’inertie thermique de la terre, le pouvoir rafraichissant des arbres, la longévité des constructions en murs pleins, l’utilité des toitures en pente et les bienfaits de la chaux. Ces connaissances pratiques, que nos ancêtres maîtrisaient parfaitement, constituent la tradition. La tradition n’est rien d’autre que cela : un corpus de savoirs accumulés au fur et à mesure des siècles, transmis de parent en enfant, de maître en élève, de compagnon en apprenti, pendant d’innombrables générations.

Ces traditions constituent un langage qui unit les membres d’un même métier ou d’une même communauté et représente une source incontestable d’autorité. C’est pourquoi dans les sociétés traditionnelles, les détenteurs de la tradition, c’est-à-dire les « anciens » ou les « aînés », bénéficient généralement d’une autorité morale qui leur est conférée par leur ancienneté et leur connaissance du passé. Alors, soit dit en passant, que dans les sociétés modernes, on observe le contraire ; nos sociétés accordent plus volontiers une prime à la jeunesse et considèrent d’un très mauvais œil le vieillissement, signe évident qu’elles ont cessé de croire dans la valeur morale supérieure de la tradition. Nous reviendrons au cours de cet exposé sur ce qui caractérise, désormais, l’autorité morale dans les sociétés modernes mais par souci de concision, vous nous permettrez de passer immédiatement à l’étape suivante de notre raisonnement.


Progressivement, dès la Renaissance, l’on voit se détacher un double phénomène qui conduit, à l’issue de plusieurs siècles, à ce que la tradition soit remplacée par la science comme source d’autorité et de connaissance. Ce phénomène, s’illustre d’abord par la séparation dans les arts du Beau et de l’Utile. Autrefois, l’art et la technique étaient liés. Depuis l’Antiquité gréco-latine jusqu’à la chrétienté médiévale, l’art et la science, le Beau et l’Utile, vont de pair. De la même façon, on ne connaît pas de division aussi nette qu’aujourd’hui entre les métiers manuels et intellectuels ; le manuel et l’intellectuel sont souvent indissociables.


La première séparation du Beau et de l’Utile, de l’intellectuel et du manuel, de l’esprit et du corps pourrait-on dire aussi, intervient comme nous le disions à la Renaissance. C’est dans la Florence du XIVème siècle que les humanistes choisirent de scinder les arts libéraux, qui comprenaient trois disciplines (la dialectique, la grammaire et la rhétorique) et de mettre à l’honneur la grammaire et la rhétorique en laissant la dialectique de côté. Or, la dialectique était, parmi les arts libéraux, le plus intellectuel parce que la dialectique requiert un sens logique, un raisonnement ; elle est par définition moins artistique que la grammaire et la rhétorique.


Une rupture s’annonce donc avec l’humanisme italien qui fait prévaloir le caractère artistique sur le caractère logique et qui, sans le savoir, ouvre une brèche dans l’histoire qui contribuera à séparer le Beau de l’Utile. Or, l’art sans utilité, « l’art pour l’art » comme le défendirent les Parnassiens au XIXème siècle, cet art dépourvu de sens, n’est plus à la poursuite de la vérité. Il peut alors devenir un art gratuit et insignifiant (l’art contemporain en est une parfaite illustration) tandis que l’utilité deviendra l’apanage de l’industrie naissante.


À partir de la Renaissance et plus encore depuis le triomphe des États modernes, nous acceptons la chose suivante : pour les belles choses dépourvues de sens, il y a l’art ; pour les choses utiles qui ne doivent pas être belles, il y a l’industrie. Dans ce contexte, l’artisanat qui était le parfait mariage du Beau et de l’Utile, perd toute raison d’être. Il disparaît donc, tandis que se développe une architecture qui ressemble de plus en plus à un produit de l’industrie de masse : standard, conforme, préfabriquée.


Si nous empruntons ce long détour historique, c’est pour vous montrer que le monde dans lequel nous vivons, l’architecture que nous construisons, procèdent du développement de la civilisation. Nous avons atteint une étape du processus historique où l’architecture est sommée de se ranger soit dans les choses belles et insignifiantes, soit dans les produits utiles de l’industrie. Ajoutez à cela le développement de l’esprit scientifique qui au XIXème siècle a pris tellement d’ampleur qu’il s’est progressivement substitué à toutes les sources antérieures de connaissances : le discours scientifique a remplacé Dieu, dont Nietzsche constate pour la première fois le décès à la fin du XIXème siècle (« Dieu est mort », le Gai Savoir, 1882), mais il a également remplacé la tradition. D’un seul coup, la tradition cesse de se transmettre, la jeunesse en quête de vérité se détourne de ses aïeux ; elle prête plutôt l’oreille aux scientifiques qui font des bonds extraordinaires dans la compréhension de l’homme et de son environnement. L’autorité morale qui appartenait à la religion et à la tradition, passe inexorablement aux scientifiques et aux chercheurs.


Ce passage engage la société toute entière qui, progressivement, se laisse guider par les lois de la science, y compris dans des domaines qui lui sont a priori étrangers comme le gouvernement (« l’administration des choses » remplace le « gouvernement des hommes ») et l’économie (qui tend de plus en plus à présenter un caractère de scientificité et de vérité absolue). Le même effet se produit sur l’architecture qui, lentement, prend ses distances avec la tradition orale et écrite, cesse de la transmettre et commence à se passionner pour les nouvelles technologies et les grands nombres – c’est à ce moment qu’apparaissent le gigantisme et la construction des grands ensembles.

Aujourd’hui, lorsque vous parlez à un architecte ou à un ouvrier d’un procédé architectural aussi simple qu’un arc de décharge, par exemple, il vous regarde d’un air méfiant avant de vous demander si cette technique ancestrale qui n’apparaît pas dans l’abécédaire du modernisme est bien digne de confiance… Il s’agit pourtant d’une technique éprouvée qui a été employée des siècles durant ! Mais l’architecte moderniste se méfie de toute chose ancienne. Désormais, la tradition inquiète et la nouveauté rassure. Cela n’est pas seulement le fruit de l’inculture, il s’agit d’une intuition très profondément ancrée dans la psyché humaine qui nous pousse, nous les modernes, à croire inconditionnellement en la supériorité des trouvailles de la technologie comparées aux vieilles recettes de la tradition. Cette conviction est profonde chez la plupart de nos contemporains et pour s’en débarrasser, il faudrait passer la modernité par pertes et profits et mesurer, une bonne fois pour toutes, l’apport véritable de la technologie à nos existences – car bien souvent, la technologie répond à des problèmes qu’elle a elle-même causés. Mais ce n’est pas l’objet de cette intervention…


L’objet de cette intervention, après vous avoir dit que nous sommes le fruit de l’histoire, c’est de vous présenter les modestes solutions que nous avons mises au point pour redécouvrir et enseigner l’architecture traditionnelle. Non pas que nous soyons nostalgiques ou passéistes, mais parce que nous pensons que si l’architecture contemporaine ne change pas au contact des traditions, elle va disparaître.


*


Nous avons beaucoup réfléchi, au moment de créer notre association en 2020, à la manière dont il convenait de faire changer l’architecture, car il nous semble que l’architecture ne peut pas continuer comme cela. Au point de vue des ressources disponibles et de la pollution engendrée, le béton, le verre et le métal qui sont répandus en millions de tonnes à travers le monde courent à leur propre épuisement. Lorsqu’ils seront épuisés, ou jugés trop polluants, il faudra en revenir aux matériaux naturels disponibles en abondance comme la terre ou la pierre, et il faudra pour cela que les métiers de la construction soient formés à leur emploi. Dans ce contexte, la tradition deviendra indispensable pour reconnaître la pierre bonne à bâtir, savoir comment la mettre en œuvre et à quel endroit. Il faudra que les architectes et les ouvriers réapprennent que ce qui est bon ici est parfois mauvais ailleurs en raison du climat, des habitudes et de la qualité des matériaux.


À plus brève échéance, l’obsolescence rapide des nouvelles constructions pose un enjeu encore plus grave au secteur de la construction qui s’apparente de plus en plus à un puits sans fond dans lequel les pouvoirs publics et privés jettent d’immenses ressources matérielles et financières en perte totale.


Enfin, de par son apparence de produit marchand standard, l’architecture contemporaine nous semble être au cœur d’une crise sans précédent. Si les choses continuent au rythme actuel, nous pensons que les architectes vont disparaître car leur contribution à la conception d’un bâtiment sera devenue si médiocre et infime qu’ils seront aisément remplacés par l’intelligence artificielle. Il nous est donc apparu que malgré les protestations vigoureuses de la profession et de l’université contre nos analyses (qu’elles prennent à tort pour des attaques personnelles), c’est pour la survie des architectes et des métiers de la construction que nous nous battons. Nous nous battons pour que dans cent ans, les architectes ne soient pas remplacés par l’intelligence artificielle et les ouvriers par des machines. La condition de leur survie, c’est l’apprentissage d’une science unique, exigeante et irremplaçable. Pour survivre, ils doivent redevenir compétents.


Vous aurez beau changer toutes les règles, réécrire toutes les lois et convaincre les promoteurs immobiliers d’investir tout l’argent du monde dans des projets traditionnels, si vous ne disposez pas d’architectes et d’artisans bien formés, maîtrisant parfaitement le dessin, la géométrie, et les traditions constructives locales, il vous manquera toujours l’essentiel et l’architecture produite ne sera pas convaincante.


C’est pourquoi nous avons compris que la tâche la plus urgente qui nous incombait, c’était de fonder une école. L’histoire de l’art et de l’architecture suit les écoles : depuis les ateliers de Compagnons à l’école de Rome qui a inspiré le quattrocento italien, depuis l’école des Beaux-Arts de Paris aux ateliers Saint-Luc en Belgique, en passant par le Bauhaus, l’architecture se renouvelle par la base : par ses écoles. Plus récemment nous avons vu fleurir partout en Europe de nouvelles écoles d’été d’architecture comme aux Pays-Bas, au Portugal, en Espagne, au Royaume-Uni, en Pologne et ailleurs encore. Devant leur immense succès, nous avons décidé, nous aussi, de fonder une école : l’École d’Été d’Architecture et d’Artisanat de Bruges.


Ce n’est pour le moment qu’une école d’été. Mais d’ici quelques années, nous avons la ferme intention d’en faire une école permanente. Il s’agit d’un lieu dédié à la discussion et l’étude, débarrassé des œillères idéologiques de l’académisme, libre de toute pression. Nous voulons que cette école soit un havre où l’on apprenne la richesse des traditions et où l’on fasse naître une nouvelle philosophie morale. Si vous nous permettez ce détournement de la formule de Rabelais : architecture sans conscience n’est que ruine de l’âme. Nous voulons que nos étudiants comprennent pourquoi il est avantageux d’employer tel matériaux à tel endroit, tel procédé à tel autre, et que bien souvent le style n’est que le fruit de la géologie, de la disponibilité des ressources et du climat.


Nous voulons éviter que nos étudiants soient noyés dans l’immense catalogue des styles comme le furent nombre d’architectes au XIXème siècle devant la prodigalité des découvertes archéologiques, et qu’ils commettent l’erreur d’employer les traditions à la légère. Nous tâtonnons à la recherche d’une architecture raisonnable. Cette quête est périlleuse : elle exige réflexion et humilité. Rien ne saurait être plus dommageable qu’une approche superficielle des traditions qui conduirait à emprunter à chaque époque et à chaque style sans avoir de solides raisons de le faire. Employer la symbolique égyptienne au Portugal ou transposer les techniques de construction des Scandinaves au Maroc n’aurait aucun sens. Il convient de faire preuve de retenue devant l’immense richesse du langage traditionnel et de tempérer son enthousiasme par le pragmatisme et le sérieux. « Examinez toutes choses et retenez ce qui est bon », écrit Saint-Paul dans son épître aux Thessaloniciens. Nous souscrivons à la formule de Saint-Paul : en architecture, rien n’est gratuit, rien n’est dénué de sens, tout doit pouvoir être justifié.


Pourquoi insistons-nous là-dessus ? Parce que nous sommes à l’aube d’une renaissance de l’architecture portée par des architectes et des artisans courageux dont certains sont présents aujourd’hui parmi nous. Cette renaissance est à la fois ambitieuse et fragile. Nous ne voulons pas la compromettre. Si nous commettions l’erreur d’apprendre à nos étudiants à jouer avec les styles, à mélanger les symboles et à employer les matériaux selon leur fantaisie, nous risquerions de provoquer une puissante réaction puriste comme l’histoire en a déjà connue. L’avènement du modernisme au début du XXème siècle n’est pas sans apport avec ce qu’Auguste Pugin appelle le « carnaval de l’architecture » qui règne au début du XIXème siècle. Il ne faut pas négliger le puissant moteur du purisme et de la haine de l’abondance et de la profusion qui se trouve au cœur du modernisme. Nous ne voulons pas que notre école serve de prétexte à l’avènement d’une réaction puriste. Notre architecture n’est pas carnavalesque. Notre enseignement ne doit pas être fantaisiste. La meilleure manière de garantir que notre enseignement ne sera pas fantaisiste, c’est de collaborer étroitement avec les artisans.


En effet, un fossé s’est creusé entre les artisans et les architectes, poussant ces derniers vers la création abstraite et détachée de toute contrainte matérielle. Derrière leurs écrans d’ordinateur, plongés dans le cosmos irréel des logiciels d’architecture, les architectes sont des démiurges faisant apparaître ex-nihilo des formes géométriques parfaites. Ces formes n’ont ni texture, ni aspérité, ni poids ni imperfection. Grâce à la magie de l’informatique et du béton, tout est rendu possible.


Seul le contact avec les artisans et les matériaux est à même de réveiller les architectes de l’hallucination virtuelle où ils sont plongés. C’est pourquoi notre école est une école d’architecture et d’artisanat. Sans le mariage de l’architecture et de l’artisanat, il sera impossible d’aboutir à ce que Viollet-Le-Duc appelle « une architecture raisonnée », c’est-à-dire une architecture qui part de la matière, du concret, et non de la théorie.


Par conséquent, le cursus de notre école d’été fait la part belle aux métiers manuels. Nos étudiants sont d’abord invités à observer le bâti traditionnel, à dessiner ses caractéristiques, à étudier ses propriétés. Cette première phase d’observation est primordiale. Dans un second temps, nos étudiants sont invités à découvrir la taille de pierre, la charpente, la couverture, la plâtrerie, la maçonnerie, entre autres disciplines. Nous leur mettons des matériaux entre les mains. Ils comprennent alors que les matériaux possèdent leur propre volonté et leur propre logique ; et soudain, le vocabulaire traditionnel leur paraît intelligible, évident. Ils comprennent tout : les techniques de maçonnerie, la pose de la pierre, les procédés d’assemblage en bois, l’usage de la chaux. Ce qu’ils ont observé pendant la première moitié de notre école d’été, ils en comprennent les raisons techniques dans la seconde moitié. C’est alors qu’ils se rendent compte du lien vital qui unit l’artisanat à l’architecture.

Et parmi nos étudiants, beaucoup changent de parcours et choisissent d’abandonner l’architecture pour se consacrer à l’artisanat. Parce qu’à leurs yeux, l’artisanat n’est plus un folklore muséal et les artisans ne sont plus ces dinosaures que l’on exhibe chaque année aux journées du patrimoine ; à l’issue de notre école d’été, l’artisanat est devenu pour eux la source de toute architecture, et les artisans les détenteurs d’un savoir inestimable.


Enfin – et nous en terminerons par là – nous voulons que nos étudiants soient animés de bonnes intentions. Nous voulons leur épargner les délires autoritaires de l’architecture du XXème siècle, nous voulons les soustraire à la tentation du contrôle total de l’urbanisme moderniste et leur donner le goût de la liberté. Or, le goût de la liberté ne s’acquiert pas dans l’univers brutal et compétitif de l’université telle que nous la connaissons, au sein d’auditoires pleins à craquer, devant des professeurs solitaires donnant cours aux multitudes, ni dans les jurys humiliants qui couronnent l’enseignement universitaire de l’architecture. Aux étudiants de cette université, on enseigne une fausse liberté qui consiste à dire : fuck the context, faites ce que vous voulez. Mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre que la liberté suppose un ordre, et que cet ordre, c’est le vocabulaire de la tradition. Si vous n’apprenez pas correctement ce vocabulaire, sur quoi repose le langage architectural, vous serez incapable de vous exprimer correctement et donc d’être libres.


Pour notre part, nous pensons que la liberté s’acquiert au contact de ses pairs, au sein d’une école bienveillante et propice à la discussion, et par la transmission d’un langage qui doit permettre à chaque étudiant d’être parfaitement libre, et de ne pas se trouver contraint de parler le langage appauvri du modernisme faute de mieux.


C’est pourquoi l’esprit du compagnonnage nous accompagne à chaque étape de notre entreprise. L’esprit des compagnons, c’est d’abord la solidarité d’un groupe qui collabore au travail. Quiconque a déjà taillé la pierre ou façonné le bois sait que pour construire une voûte ou une charpente, il faut que tous les ouvriers réalisent correctement leur travail individuel pour que l’ensemble collectif tienne debout. Le travail artisanal, qui repose sur la solidarité des parties, compense la solitude de l’architecte. A travers le travail artisanal, ce n’est pas l’égo d’un seul individu qui s’exprime, mais la réussite d’un groupe. Pour briller, il faut faire briller les autres. Un sculpteur pourra toujours tirer une certaine gloire de sa contribution personnelle à une cathédrale par exemple, mais une fois terminée, la cathédrale sera l’expression culminante du génie collectif. Et ce génie collectif, sur quoi repose la fierté d’un groupe, sera la base d’une nouvelle communauté.


Ce que nous essayons de réaliser, à notre modeste échelle dans notre école de Bruges, à travers les travaux manuels et l’enseignement de la tradition, c’est de fonder une communauté. Dans un monde de plus en plus marqué par l’individualisme et le triomphe du darwinisme social, il est nécessaire de fonder des ilots de solidarité et d’entraide. Au-delà des enseignements que nous leur dispensons, ce qui marque les étudiants qui viennent nous voir, c’est le soulagement d’avoir trouvé leur place au sein d’une famille. Et cette famille, c’est ce qui se rapproche le plus de l’esprit du compagnonnage.


Bruges Summer School of Architecture & Crafts 2023, week VII.

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