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La logique du style gothique

Par Raymond Lemaire

Article initialement paru en 1910 dans la Revue néo-scolastique de philosophie


L'esprit d'une époque, surtout lorsqu'elle réalise une civilisation intense et originale, ne se constitue pas de tendances fragmentaires et indépendantes. Toutes les manifestations de l'activité intellectuelle procèdent d'un principe et relèvent d'une tendance dominante. Cela est spécialement vrai de l'esprit du Moyen-Âge. A mesure que nous parvenons à le connaître plus intimement, nous voyons s'unifier des facteurs qui, jusqu'à présent, avaient semblé irréductibles et nous percevons plus clairement les liens étroits qui unissent la religion, la philosophie, la science et l'art de cette époque. Dans tous les domaines nous apercevons au fond, comme puissance génératrice, l'esprit de logique et de déduction rigoureuse. 

Transept de la cathédrale de Laon

En ce qui concerne les arts, cet esprit se révèle avant tout par leur classement rigoureux et par la prédominance incontestée de celui auquel appartient de droit la première place : l'architecture. Et ici domine un principe nouveau, dont l'antiquité n'avait connu que des applications partielles et souvent incohérentes : la détermination de la forme de chaque membre par la fonction que ce membre remplit. Durant l'époque romane cette détermination n'avait été souvent qu'imparfaite, mais le style gothique lui a donné une application complète et générale. On a plus d'une fois signalé l'esprit de sévère logique qui régit la construction au XIIIe siècle. On n'a peut-être pas suffisamment insisté sur le fondement réel que les constructeurs, animés de cet esprit, ont mis à la base de leurs déductions logiques. C'est là pourtant que se trouve le caractère essentiel du style « gothique ». La plupart des auteurs du siècle dernier ont pensé que ce caractère essentiel résidait dans l'emploi de l'arc brisé, appelé improprement arc ogive. Plus récemment, on a cherché la base du système à la fois dans la croisée d'ogives, dans l'emploi de l'arc-boutant et dans un système particulier de décoration. Ce sont là, il est vrai, des facteurs importants dans la construction de nos grandes cathédrales, mais encore une fois, ces facteurs ne sont pas irréductibles et nous sommes d'avis que l'essence du style gothique est comprise dans ce seul élément : la voûte d'ogives. Ce n'est point à dire qu'aucun édifice qui n'adopte ce système de voûte ne puisse être appelé « gothique » ou que tous ceux qui l'adoptent méritent ce nom. Mais la voûte d'ogives a été le point de départ et la raison dernière de tous les autres caractères du gothique, parce que, en l'adoptant, on s'est trouvé naturellement conduit à appliquer à toutes les parties de l'édifice, le principe de la détermination des formes par les fonctions. 


Malgré des essais nombreux, l'art roman n'était parvenu à résoudre que d'une façon fort imparfaite le problème du voutement de la nef centrale, et ce en sacrifiant l'éclairage, la solidité et le dégagement intérieur des églises. Il faut en chercher le motif dans un manque de méthode: on s'était contenté d'améliorer les systèmes de voûtes connus de toute antiquité, le berceau, la coupole, la voûte d'arêtes ; personne n'avait encore songé à créer un type nouveau. Et comme la voûte régit la construction entière, celle-ci était restée à peu près stationnaire. Ce n'est que vers le premier tiers du XIIe siècle, qu'on découvrit dans le Nord de la France une voûte nouvelle, la croisée d'ogives. 


En quoi consiste la croisée d'ogives ? Quels sont les avantages qu'elle présente ? Quelles ont été les conséquences de son adoption? Ces trois points résument tout le système de la construction gothique. La voûte d'ogives est une voûte qui repose sur des arcs ogives. Primitivement on écrivait « arcs augifs » de augere : consolider. Ainsi des auteurs du XIIIe siècle appellent le roi Philippe- Auguste, « l'arc augif de la chrétienté ». La voûte d'ogives n'est pas le produit de l'invention géniale d'un homme : elle est plutôt née par surprise. Son origine gît dans le simple désir, qu'éprouvèrent certains constructeurs, de consolider les voûtes d'arêtes en bandant sous les arêtes, dont la construction présentait toujours une certaine difficulté, deux arcs entrecroisés, indépendants de la voûte, cela en vue de cacher les points défectueux et, subsidiairement, pour donner plus de résistance à l'ensemble. En d'autres mots, les arcs ogives furent primitivement comme des cintrages permanents en pierre, placés après coup sous les voûtes.


Au début, on était loin d'entrevoir ce que cet expédient offrait de ressources et on ne l'employa qu'à soutenir les voûtes basses de quelques petites églises romanes. Au reste, la disposition n'était pas entièrement nouvelle. Il existait dès l'antiquité certaines façons analogues de construire. A l'intérieur de bien des voûtes d'arêtes romaines du centre de l'Italie, nous trouvons des arcs appareillés en briques, reliant les triangles de béton, et à l'époque romane les berceaux bourguignons et poitevins ont leurs travées démarquées par des arcs-doubleaux indépendants qui les consolident. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir que ces deux arcs entrecroisés pouvaient faire mieux que de renforcer une voûte existante : qu'ils étaient capables de porter à eux seuls tout le poids des quatre panneaux indépendants. 



Dès lors la voûte d'ogives était trouvée. Elle se compose de deux sortes de membres de fonction toute différente, les uns qui portent, les autres qui servent de cloison. Une voûte n'est pas autre chose qu'une cloison horizontale posée sur des soutiens verticaux ; mais pour la maintenir en équilibre, il faut lui donner un surcroit de solidité : elle doit donc finalement remplir un double office : 1) se porter elle-même, 2) former cloison. Auparavant, dans toutes les voûtes connues, ces deux fonctions étaient remplies par les mêmes membres, et l'originalité de la croisée d'ogives est de partager ces rôles entre deux organes différents : une armature qui porte et des triangles de remplissage qui servent de cloison. 


Dans sa forme ordinaire, représentée par la figure ci-avant, l’armature comporte six arcs qu'on ne pourrait mieux comparer qu'aux baleines d'un parapluie ou aux cordages d'une tente. Ce sont deux arcs formerets (A), deux arcs-doubleaux (C), et deux arcs entrecroisés (B), reliés par une clef (D), qui constituent proprement les ogives. Quant aux cloisons qui reposent sur cette charpente, elles se composent de quatre triangles appareillés en petits matériaux (E). 


Le système parait des plus simples et des plus élémentaires, mais néanmoins il présente, sur les types connus auparavant, des avantages immenses. Il y a tout d'abord une légèreté beaucoup plus grande. Anciennement, pour arriver à couvrir un espace d'une certaine largeur, il fallait y bander une voûte d'une grande épaisseur et, par le fait même, d'un poids considérable, ce qui entraînait nécessairement des soutiens massifs, encombrant les édifices et des murs très épais, percés d'un minimum d'ouvertures. 


Par la voûte d'ogives, on triomphe de la largeur en divisant l'espace à couvrir en parties plus étroites et celles-ci à leur tour en triangles, au moyen de nervures formant ossature. Puis on couvre chaque voûtain d'un panneau spécial et léger. Ainsi on réduit considérablement le poids total et, par voie de conséquence, l'épaisseur des murs et des soutiens. Une économie sensible de matériaux, infiniment précieuse à une époque où la main d'œuvre et le transport étaient fort coûteux, en résulte nécessairement. 


Un second avantage que présente le nouveau système est la répartition des poids et des poussées sur quelques points. C'est là un élément essentiel. Il n'est plus nécessaire désormais d'équilibrer toute la voûte. On doit tenir compte seulement de l'armature qui, elle, se compose d'arcs indépendants dont les points de retombée et les plans de poussée sont exactement connus. Il suffit donc de maintenir en place ces points de retombée et de contrebuter cette poussée localisée, pour assurer à l'ensemble une parfaite stabilité. 


Un troisième avantage consiste dans la facilité avec laquelle la voûte d'ogives s'adapte à n'importe quel espace à couvrir. Aux époques antérieures, la forme de la voûte déterminait le plan des édifices. On n'était parvenu à couvrir facilement que le rectangle, le carré, le cercle et leurs composés. Maintenant il suffit, pour couvrir un espace quelconque, de le diviser en triangles, et plus aucune complication de plan n'arrêtera le constructeur. 


Inutile de faire remarquer que l’on ne vit pas, dès le début, tous ces avantages. On vit moins encore les conséquences qu'ils devaient entraîner dans l'économie de la construction. Celles-ci se révélèrent une à une durant une période de transition. En voici les principales: 


(A) Un perfectionnement considérable du système de construction consistant précisément dans une application parfaite du principe de la détermination des formes par les fonctions. Comme nous venons de le dire, la croisée d'ogives est le résultat d'une distinction introduite entre les deux fonctions de la voûte. Or, on ne tarda pas à appliquer une distinction semblable aux autres parties de l'édifice. Auparavant, les fonctions de cloison, de soutien et de butée que comporte tout édifice important, étaient remplies par les mêmes membres : les murs servaient à la fois de cloisons, de porte-charge et de massifs de butée. Or, ces trois fonctions exigent naturellement des formes différentes. Aux cloisons il ne faut qu'une épaisseur réduite : pour porter les voûtes et surtout pour les maintenir en équilibre, il faut doubler ou quadrupler cette épaisseur ; il était donc impossible d'adapter adéquatement les formes à ces fonctions incompatibles. Maintenant, en principe, chaque élément ne remplit plus qu'un seul rôle et on peut donc y approprier parfaitement sa forme. Pour le montrer, nous analyserons brièvement les divers membres qui, dans une église, remplissent ces fonctions. 


Les voûtes (P) exercent sur leurs soutiens une poussée oblique ; mais cette poussée est la résultante d'un poids vertical et d'une force horizontale. Pour maintenir l'équilibre, il faut donc 1) porter le poids des voûtes ; 2) annihiler leur poussée. L'esprit logique des maîtres d'œuvre crée pour ces deux offices des membres spéciaux. 

  1. Parties portantes — Le poids des croisées d'ogives et des panneaux retombe aux quatre angles sur les impostes des arcs et c'est là qu'on pose des piliers et des colonnettes suffisamment solides pour les porter. Mais, d'une part, les voûtes pèsent beaucoup moins ; d'autre part, les piliers ne font plus autre chose que porter ; ils peuvent donc devenir beaucoup plus légers et, par le fait même, l'intérieur de l'église sera beaucoup moins encombré. Cependant cette extrême minceur des piles présente un danger: celui du flambement ou flexion latérale. Pour le prévenir, on les dédouble dans les parties où la chose est possible en les perçant de passages et de triforiums (E), puis, dans le sens de la longueur, on les relie les unes aux autres par des arcades faisant office de raidisseurs. Telles sont entre autres les grandes arcades de la nef (F), les arcatures du triforium (C), et les formerets des voûtes hautes. Tous ces arcs sont indépendants des murs et extradossés, ils subsistent donc par eux-mêmes comme une véritable charpente. 


  1. Parties butantes — Si les soutiens sont assez solides pour ne pas s'écraser sous le poids des voûtes, la poussée de celles-ci sera réduite à une force horizontale qui s'exerce en des points qu'on peut déterminer exactement, du moins en plan, c'est-à-dire dans celui de la résultante des axes des diverses nervures. Donc, pour maintenir la voûte en équilibre, il suffira d'opposer à ces points, soit un obstacle rigide qui annule la poussée, soit une force égale en sens inverse qui la contrebalance. C'est ce qu'on fait au moyen de deux membres nouveaux : le contrefort et l'arc-boutant. Le contrefort (I) est essentiellement un massif de maçonnerie rigide placé dans le plan de la poussée. Certaines écoles romanes, surtout celle des Clunisiens, en avaient déjà fait usage, mais d'une façon moins logique et plutôt pour raidir l'ensemble du mur que pour s'opposer directement à la poussée. Le style gothique en fit au contraire un des membres essentiels de son système. On peut concevoir l'action du contrefort de deux façons différentes, selon qu'on suppose la poussée agissant comme une seule force oblique ou comme deux composantes perpendiculaires, l'une verticale, l'autre horizontale.  Le premier cas est celui où les retombées des nervures reposent sur une console engagée directement dans le contrefort : celui-ci devra revêtir la forme d'un étai oblique et son action pourra être envisagée comme une poussée active en sens contraire. Dans le second cas, le poids s'amortit sur une colonnette ou un pilastre quasi indépendant et la poussée horizontale est annulée par la masse indéformable et rigide du contrefort.  Le contrefort suffit d'ordinaire dans les petits édifices à une seule nef et aux bas-côtés des grandes églises, mais point pour les voûtes des nefs principales dans lesquelles la ligne de poussée ne rencontre le sol qu'à une grande distance du pied des piliers. Les constructeurs gothiques imaginèrent alors de faire passer cette poussée sur le contrefort extérieur au moyen d'une demi-arcade isolée dans l'espace et appuyée contre les retombées des voûtes. Ces arcades furent nommées: arcs-boutants (ou butants) (K). De même que le contrefort, on peut concevoir l'arc-boutant de deux façons différentes : ou bien comme un contrepoids actif, ou bien comme un étai, transmettant la poussée à un obstacle rigide.  Évidemment, de fait, les deux fonctions se combinent et se complètent, mais en principe elles sont parfaitement distinctes. Dans les deux cas, un comprend que les clochetons et les pinacles dont on surmonte les contreforts et les arcs-boutants, ne sont pas des ornements inutiles, mais de véritables lestages qui augmentent la poussée de l'arc ou l'immobilité du contrefort. C'est aussi la charge énorme supportée par les piles intérieures qui les empêche de se déformer sous l'action de la poussée des voûtes des bas-côtés. 

Voilà de quoi se compose le système de supports et de membres butants qui maintient en équilibre toutes les parties constitutives de l'édifice gothique ; il forme ce qu'on peut appeler son squelette: les piles, les arcs, les contreforts, les arcs-boutants et les nervures des voûtes en sont les parties principales. 


Celles-ci sont reliées entre elles par une troisième espèce démembres : les cloisons. A celles-ci on ne donne que la solidité strictement nécessaire pour se maintenir elles-mêmes. Ces cloisons sont : les murs, les fenêtres, les panneaux de voûtes. Ici encore : adaptation parfaite des formes à la fonction. 


On voit comment l'adoption de la voûte d'ogives a permis aux architectes gothiques de mener l'art de construire à une perfection qu'il n'a jamais atteinte dans aucun autre style. Mais il faut, à côté de ces conséquences essentielles, en signaler encore plusieurs autres.


(B) La solution du problème de l'éclairage — La construction romane était paralysée par la lutte entre deux ennemis irréconciliables : la voûte et la lumière ; l'équilibre de la voûte demandait des murs très épais et des églises basses ; l'éclairage, au contraire, exigeait des murs largement percés. Maintenant la paix est rétablie d'une façon définitive : les murs ne sont plus que des cloisons ; or, une cloison peut être aussi bien en verre qu'en pierre. Aussi bientôt, à l'exception de la plinthe inférieure, tout l'espace compris entre les supports est converti en fenêtres, répandant à l'intérieur une lumière abondante. 


(C) Solution du problème de la hauteur — C'est une conséquence de la légèreté des voûtes et de la division de la poussée en deux forces perpendiculaires combattues séparément. Car il n'était guère plus difficile de porter un poids à 40 mètres qu'à 15, et, pour combattre la poussée, il suffisait de rendre les contreforts extérieurs . plus saillants et plus massifs. Or, cela pouvait se faire sans inconvénient. On ne se fait pas faute de profiter de ces ressources et, surtout dans la France du Nord, on assiste, dès la fin du XIIe siècle, à une véritable joute de hauteur. Au lieu de 10 ou 15 mètres, les nefs principales atteignent couramment le double et parfois le triple de cette hauteur.


(D) Emploi universel de l’arc brisé — Si l'arc brisé n’est pas le caractère essentiel de l'architecture gothique, il n'en est pas moins vrai que celle-ci a été la première à faire de cette forme un usage systématique, l'appliquant non plus seulement aux grandes arcades, mais aux arcatures et surtout aux voûtes d'ogives. Et cela, encore une fois, parce que c'était la forme la mieux appropriée à sa fonction. En effet, sa poussée est bien moindre que celle du plein cintre, car elle se rapproche davantage de l'empilement vertical. La voûte est ensuite plus élastique, n'ayant pas de clef de voûte et se composant simplement de deux segments d'arc qui se contrebutent et qui peuvent donc subir une déformation sensible sans se rompre. Enfin et surtout, on peut obtenir une même hauteur de flèche sur des portées différentes, ce qui est un avantage précieux dans la construction des voûtes sur plan irrégulier. 

(E) Progrès considérable dans le système de décoration — L'époque romane, tout en développant déjà la sculpture, avait encore fréquemment fait usage d'une décoration appliquée : peinture, mosaïque, marbre. A partir de l'avènement du style gothique, la sculpture domine presque exclusivement. La raison en est simple : comme les grandes surfaces murales ont fait place à des fenêtres, la peinture ne trouve plus guère de surface à décorer et elle se réfugie dans les vitraux. 


Dès les débuts de l'art en nos contrées, nous apercevons une tendance à appliquer aussi intimement que possible la sculpture à sa fonction, qui est de mettre en relief certains membres de la construction et d'ajouter à leur expression. Mais comme le rôle même de beaucoup d'éléments d'architecture n'était pas encore bien déterminé, la sculpture ne pouvait clairement exprimer des choses qui elles-mêmes n'étaient pas claires. Le style gothique ayant partagé nettement les fonctions, la sculpture peut s'attacher librement à les exprimer et à les mettre en relief. Une foule de membres inconnus jusqu'alors font leur apparition : nervures, colonnettes, garde-corps, pignons, pinacles, clefs de voûte, arcs-boutants, gargouilles. Pour chacun de ces membres, les architectes cherchent la forme la plus apte, la mieux en harmonie avec les matériaux employés et avec l'effet à produire sur le spectateur. 


Mais pour décorer ces membres, les sources auxquelles les sculpteurs avaient puisé auparavant, c'est-à-dire les débris antiques, les étoffes et les ivoires orientaux, les motifs barbares, n'offraient aucune ressource. On les voit alors chercher leur inspiration là où la prennent tous les arts arrivés à leur développement complet : dans la nature. A partir du XIIe siècle, on interprète les plantes, les animaux et les hommes directement d'après la nature, mais en tenant compte de la fonction et de la matière. Une fois ce principe admis, on avança à pas de géant jusqu'au réalisme complet du XIVe siècle. 

tour de la cathédrale de Laon

(F) Prédominance de l'architecture sur les arts mineurs — Le système gothique s'est historiquement constitué à peu près dans l'ordre que nous avons suivi pour l'exposer. C'est d'abord la construction qui se transforme, puis la décoration ; mais bientôt aussi ces formes nouvelles se retrouvent, non plus seulement dans l'architecture, mais dans le mobilier, l'orfèvrerie, la ferronnerie, et dans toute la série des arts industriels. Souvent les formes, constructives dans l'architecture, sont adoptées comme simples motifs de décoration dans les arts mineurs. 


(G) Prédominance de l'architecture religieuse sur l’architecture civile — Toutes les étapes du progrès que nous avons résumées ont été effectuées dans l'architecture religieuse. Le motif en est simple. Là seulement se posait le problème initial du voûtement. Dans les hôtels, les châteaux, les halles, les hôtels de ville, les monastères, il n'était pas nécessaire d'inventer des systèmes d'équilibre nouveaux pour répondre aux nécessités pratiques. Aussi ces édifices ne suivent-ils souvent le mouvement que de loin et jamais, est-il besoin de le dire, ils n'appliquent le système de construction dans son complet développement. Ils n'en sont pas moins des édifices gothiques, car ils emploient les mêmes procédés autant que le besoin s'en fait sentir. Ainsi la voûte à nervures eut bientôt remplacé partout les lourdes voûtes romanes et souvent c'est au moyen de contreforts qu'on la maintient en équilibre. Même dans les édifices dépourvus de voûtes, la distinction s'accuse plus nette entre les diverses fonctions. On y observe la division des murs en trumeaux et remplissages, l'agrandissement des fenêtres et l'on voit s'accuser plus franchement les moyens de construction. Ensuite l'architecture civile s'est emparée bien vite des formes décoratives créées pour l'architecture religieuse : arcs-brisés, fenêtres, fenestrage», pinacles, redents, moulures et décoration sculptée, ce qu'on appelle en un mot : les formes gothiques. 


Nous pouvons donc conclure de cet exposé sommaire que le système gothique forme un ensemble complet et entièrement logique, dont le point de départ est l'invention de la croisée d'ogives. Toutes ses formes, tous ses procédés, même toutes les fantaisies de son ornementation sont rationnellement déduits de ce principe nouveau, qui en sont sortis comme un bel arbre, avec ses branches, ses feuilles, ses fruits, sort d'un gland ou d'une graine. C'est là un fait dont aucune autre période de l'histoire de l'art n'offre un exemple comparable. 


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